Reconnaître et comprendre la peau à tendance atopique
Certaines peaux semblent vivre à fleur de monde. Elles captent, réagissent, s’enflamment parfois à la moindre variation. On les appelle « peaux à tendance atopique ». Un allergène, une agression extérieure, légère, presque imperceptible et la voilà qui s'exprime. Elle tiraille, elle rougit, elle donne envie de se gratter. Elle est touchée. En soi, ce n'est pas une maladie.
Cependant, on l'associe souvent à la dermatite atopique (maladie inflammatoire chronique, plus connue sous le nom d'eczéma), qui concerne un nombre croissant de personnes en France. Prédisposition génétique ou facteurs environnementaux, l'affaire ne se limite pas à une simple sécheresse. Elle engage la barrière cutanée, le système immunitaire, et plus largement la qualité de vie.
Comprendre une peau atopique, c’est déjà entrer dans une logique de soin de sa peau. Homme ou femme, la prévention compte. Il faut savoir pour soulager...
Qu’est-ce qu’une peau à tendance atopique ?
Une définition entre science et vécu
Le fonctionnement de la peau est altéré, notamment dans son rôle de barrière. Pourquoi « atopie » ? Pour désigner cette tendance à développer des réactions allergiques ou inflammatoires. Elle est plus fragile, plus sensible. Elle est vulnérable face aux agressions extérieures.
Cette peau atopique se caractérise par :
- une sécheresse importante (savamment nommée « xérose cutanée »)
- une altération de la barrière cutanée
- une forte réactivité aux facteurs environnementaux
En fait, la couche externe de la peau, censée assurer sa fonction de protection, laisse plus facilement passer les allergènes, les substances irritantes et autres agents issus de l’environnement extérieur.
D'où une cascade de réactions, pas toujours immédiatement perçues, mais bien réelles dans le corps.
Une peau, plusieurs réalités
Il n’existe pas un seul type de peau à tendance atopique mais, bien au contraire, une multitude de caractéristiques et de situations.
On relève différentes évolutions selon :
- l’âge
- le mode de vie (et les périodes de stress)
- l’environnement quotidien
- le terrain génétique
En fait, chez le bébé, le nourrisson, l’enfant ou l’adulte, la dermatite atopique emprunte des formes spécifiques et des intensités variables.
Toutefois, un point demeure constant : la peau est en quête d’équilibre.
Quels sont les symptômes de la dermatite atopique (eczéma) ?
Elle se manifeste par une combinaison de symptômes, dont certains ne peuvent être ignorés.
« La dermatite atopique se développe à partir de l’âge de trois mois. Chez le bébé, les lésions sont le plus souvent présentes sur les zones rebondies du visage et des membres, sur le cuir chevelu et les fesses. Plus tard, on les retrouve au niveau des plis (cou, derrière les genoux, plis des coudes), des mains et autour de la bouche. La majorité des dermatites atopiques disparaissent au cours de l’enfance (50% avant 5 ans), mais 10 à 15% des cas persistent jusqu’à l’âge adulte. »
Les manifestations visibles
- Rougeur diffuse ou localisée
- Plaque inflammatoire
- Peau sèche et sensible
- Irritation persistante
- Lésion ou croûte après le grattage
Notons que la sécheresse de la peau est très fréquemment le premier signal et précède alors l’apparition de manifestations plus marquées.
L’invisible qui dérange
La peau atopique est une peau parfois extérieurement discrète. Au-delà du visible, néanmoins, il y a le ressenti physique et psychique.
- La démangeaison qui s’installe et entraîne cette irrépressible envie de gratter la zone.
- L'impression que « ça tire », que ça chauffe, que ça vit presque trop intensément.
Dans le cas des poussées d’eczéma, les crises alternent avec des phases d’accalmie. Leur fréquence, difficilement prévisible, varie selon les individus. La Société Française de Dermatologie fait figurer l’expérience du patient au rang de ses préoccupations. Et pour cause : la charge mentale qui en résulte ajoute considérablement à l'inconfort du patient. L’eczéma atopique du visage, par exemple, est vécu comme particulièrement difficile car, à ses affres, s'ajoute le regard des autres...
Selon l’âge
Chez le bébé et le nourrisson
- Peau très sèche
- Rougeur sur le visage
- Croûte et suintement
Chez l’enfant
- Plaques dans les plis (coudes, genoux, cou, poignets et chevilles). La peau y est plus fine, les frottements et la transpiration plus importants.
- Grattage fréquent.
Chez l’adulte
- Peau épaissie (« lichénification »), elle se fait plus épaisse et rugueuse au toucher.
- Inflammation chronique
Quelles sont les causes ?
Une origine multifactorielle
Nous l'avons évoqué plus tôt : la peau à tendance atopique n’a pas une seule cause. Plusieurs facteurs interagissent.
1. Une prédisposition génétique
Le terrain atopique est souvent familial. Selon l'Assurance Maladie, de 50 à 70 % des enfants atteints ont un parent lui-même atteint. Par ailleurs, une personne ayant des antécédents d’allergie, de rhinite allergique ou d’eczéma présente un risque plus élevé.
2. Le système immunitaire
Une réponse immunitaire inadaptée joue un rôle clé. Le système immunitaire réagit de manière excessive à des agents qui devraient normalement être tolérés.
3. Les facteurs environnementaux
Les facteurs environnementaux sont nombreux :
- Variations de température
- exposition au soleil
- air sec
- savon ou gel lavant agressifs
- parfums et conservateurs dans les cosmétiques,
- produits ménagers,
- eau calcaire,
- pollen,
- pollution,
- contact avec des animaux,
- acariens...
La liste est longue. Malheureusement très longue...
Tous ces éléments peuvent déclencher la poussée d’eczéma ou aggraver l’état de la peau.
Comment prendre soin d’une peau atopique ?
Par une routine adaptée, si possible ritualisée. Oui, il faut protéger la peau, autant que possible !
Nettoyer sans agresser
- Préférer un gel lavant ultra-doux
- Utiliser de l’eau tiède
- Limiter la durée de la douche
L’objectif est simple, sur le papier : ne pas altérer davantage la barrière cutanée.
Hydrater, encore et toujours
L’hydratation est essentielle.
Appliquer une crème ou un émollient :
- 1 à 2 fois par jour
- sur l’ensemble du corps
C'est par la régularité que vous parviendrez à renforcer la barrière cutanée.
Choisir des produits adaptés
Un produit cosmétique pour peaux atopiques doit être :
- de haute tolérance
- sans substance irritante
- validé en dermo-cosmétique
Éviter les facteurs aggravants
- Certains vêtements (privilégiez le coton et éviter la laine ou les tissus synthétiques)
- Les irritants
- Les allergènes
L’idée n’est pas de tout éviter, ce qui est techniquement impossible, mais de limiter les agressions.
Quels traitements ?
Dans certains cas, un traitement médical est nécessaire.
Il peut inclure :
- une crème à base de corticoïdes (sous prescription et avec une utilisation adaptée à la zone et à la durée)
- d'autres médicaments : on peut utiliser des crèmes non cortisonées (comme les immunomodulateurs), des antihistaminiques pour les démangeaisons, ou des traitements systémiques dans les formes plus sévères.
- le suivi par un dermatologue : pour adapter le traitement à l’évolution de la maladie, prévenir les rechutes et, surtout, ajuster les doses
En somme, il est capital de consulter un professionnel de santé pour un bénéficier d'un traitement adapté. À cet égard, vous trouverez toutes sortes de recommandations sur le site de l'excellente Association Française de l'Eczéma. Vous pouvez d'ailleurs rejoindre l'association !
Vivre avec une peau atopique
Une peau atopique, avec ou sans pathologie, est une expérience quotidienne qui suppose de l’attention, de la patience et une forme d’écoute de soi.
Mais, toute situation porte son lot d'avantages. Cette condition de la peau permet aussi de mieux comprendre son corps et d'entretenir avec lui un rapport plus conscient.
Améliorer la qualité de vie
En guise conclusion, voici quelques conseils simples pour gagner en sérénité :
- assurez-vous de maintenir une bonne hydratation
- adoptez une routine adaptée (c'est la clé)
- éviter le grattage (plus facile à dire qu'à faire, mais le travail sur soi est payant)
- porter des vêtements confortables
L'équation se résume finalement à ceci : réduire les symptômes c'est préserver sa qualité de vie.
La peau à tendance atopique n’a rien d'une fatalité. Elle est exigeante et déroutante, certes, mais elle peut être accompagnée, comprise et apaisée. Parlez-en à votre médecin traitant pour traiter avant que l'inconfort n'augmente de trop fortes proportions. Quoi qu'il en soit, de la simple peau sèche ou rouge à la dermatite atopique du visage, des mains, du cuir chevelu, etc., mettez le maximum de chance de votre côté. Soignez votre peau, elle vous le rendra bien.

